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Apprends-nous à prier ! (3e partie)

samedi 11 juin 2016, par Sylvain

Poursuivons notre chemin de ré-appropriation de ce modèle de prière !

Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;

Pardonne-nous nos offenses,

La reconnaissance de nos manquements et la demande de pardon constituent une étape essentielle pour le rétablissement (puis l’entretien) de la communion avec notre Seigneur. Gardons-nous bien d’aborder ce passage de notre prière avec légèreté.
Que sont donc les offenses dont il est question ? Le mot grec utilisé ici, (opheileema), contient l’idée de dette envers quelqu’un, et ce n’est bien évidemment pas d’abord de dettes matérielles qu’il s’agit.
Il est important de prendre régulièrement du temps pour bien identifier ceux de nos actes et de nos paroles qui ont pu attrister notre Père et nuire à notre prochain, pour nous efforcer de ne plus les répéter. Christ, en mourant sur la croix, nous a donné une fois pour toutes accès au pardon de Dieu, mais dans notre humanité imparfaite, sur notre itinéraire de vie en ce monde sali, nous avons à faire volontairement notre "toilette" en exposant nos égarements à ce pardon parfait, afin d’éviter que les souillures qui abondent ici-bas ne s’incrustent en nous et finissent par nous faire tomber. Notre volonté est donc un acteur essentiel du processus du pardon, car Dieu pénètre les profondeurs de notre cœur.
Le Christ se révèle dans nos vies, mais ne s’y impose pas. Il en va de même pour le pardon qu’Il nous offre. Jésus frappe à notre porte, mais nous seuls pouvons lui ouvrir pour qu’il entre en nous et puisse nous régénérer et nous guérir.

Comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;

Cette seconde partie de la phrase est parfois confondante : Est-ce donc du donnant-donnant ? Ou alors, bon puisque Dieu efface nos dettes, allez ! on est d’accord d’effacer celles que d’autres nous doivent.
Non, je crois qu’il y a là-derrière un principe universel : La grâce de Dieu est toujours prête à se déverser sur et à travers nous, mais nous ne sommes la plupart du temps pas disposés à la recevoir, parce que différentes choses y font obstacle en nous.
Pour en souligner l’importance, Jésus revient d’ailleurs sur ce point, juste après la fin de la prière :

(Matthieu 6 :14-15),

Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes.

Le Christ insiste sur ce principe de connexion entre le pardon reçu et le pardon offert, principe que nous retrouvons encore un peu plus loin dans la parabole du serviteur qui ne veut pas remettre sa « petite » dette à un de ses "collègues", alors que son maître venait de lui remettre la sienne qui était colossale.

Il nous enseigne que les conditions permettant au pardon de Dieu de faire son œuvre purificatrice et libératrice nécessitent que nous préparions le terrain, en révélant volontairement nos zones d’ombre à sa lumière, avec l’ardent désir qu’elles ne s’assombrissent plus, et en faisant preuve d’une bienveillance envers nos semblables qui soit en accord ou en phase avec celle que nous demandons à Dieu.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;

Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal ;

Ne nous soumets pas à la tentation,

Après avoir sollicité le pardon de notre Père, nous en appelons à sa protection et à son aide libératrice.
La tentation, lorsque nous lui cédons, est la cause sournoise d’une majorité de nos problèmes et nous avons à y être très vigilants.
Car comme le dit le Christ en Matthieu 26 , « L’esprit est bien disposé, mais la chair est faible ».
Lorsque nous cédons à la tentation, nous devenons esclaves de ce dont elle fait l’objet. Or le Christ souhaite nous libérer de tout esclavage et, à nouveau, pour que son Esprit puisse faire son œuvre en nous, il est nécessaire que nous le priions du fond du cœur, et que notre désir manifeste son authenticité par la recherche d’une manière de vivre cohérente, dans une attitude de cœur exempte de duplicité.

Pour ce qui est de l’origine des tentations qui nous arrivent, ne nous y trompons pas ! Gardons en mémoire ces paroles dites au début de l’épître de Jacques :

Que nul, quand il est tenté, ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit.

Mais délivre-nous du mal (ou du malin).

Une association claire est faite entre l’origine (la tentation), et le résultat (le mal).
Mais ayant très à cœur de développer plus spécifiquement ce sujet une autre fois avec vous, je m’en tiendrai pour le moment au fait que le mal représente tout ce qui tend à rompre les liens qui nous unissent à notre créateur et qui parallèlement altère nos relations avec les autres et avec nous-même.

Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Car c’est à toi qu’appartiennent, le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles.

Nous terminons notre prière en nous rappelant la magnificence du Dieu et Père à qui nous nous adressons et en qui nous plaçons notre confiance en tous les temps. Cette doxologie [1] est absente chez les évangélistes Luc et Matthieu. Il est cependant probable que, conformément à la pratique ayant cours dans les synagogues, Jésus et les apôtres concluaient leur prière par une doxologie traditionnelle juive. Nous trouvons un magnifique exemple dans le livre des Chroniques à propos d’une prière de David qui attribue à Dieu les trois termes repris à la fin du "Notre Père" : le règne, la gloire et la puissance :

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de notre père Israël, depuis les siècles et pour les siècles ! A toi, Seigneur, force et grandeur, éclat, victoire, majesté, tout, dans les cieux et sur la terre ! A toi, Seigneur, le règne, la primauté sur l’univers : la richesse et la gloire viennent de ta face ! C’est toi, le Maître de tout : dans ta main, force et puissance ; tout, par ta main, grandit et s’affermit

2 Ch 29, 10-12

En conclusion, lorsque nous prions, appliquons-nous à ce que chaque mot prononcé sorte du plus profond de nous-mêmes, sinon nous ne sommes que des tambours qui résonnent. Il est important aussi de faire silence au fond de nous pour entendre ce que Dieu veut nous dire.

Et pour finir de répondre à la quatrième question posée en première partie de cette mini série : que puis-je en tirer aujourd’hui ?

Je nous encourage à essayer ces prochaines semaines, lors de nos temps de prière personnels, de reprendre ce modèle du « Notre Père », et, dans un désir de saine et bénéfique obéissance au Christ, de composer notre prière, avec les mots et les intentions qui nous viennent du cœur.

Vous trouverez ci-dessous un document qui illustre à sa manière l’enracinement du "Notre Père" dans l’ensemble des Ecritures.

Que Dieu nous remplisse de sa paix et de sa joie !

Sylvain

Documents joints

Notes

[1du grec doxa, « gloire » et logos « parole »
Prière de louange s’adressant à Dieu