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Cultiver son jardin

lundi 16 mars 2015, par Sylvain

Peut-être ce titre vous rappellera-t-il vos jeunes années, particulièrement une de vos possibles lectures scolaires : Candide ou l’optimisme, traduit de l’allemand de Mr le docteur Ralph, alias Voltaire.
Mais la comparaison, à tous égards, entre cette œuvre littéraire du 18e et le petit texte qui suit s’arrête à peu près là.

Un matin de juillet, avant que les rayons du soleil ne soient trop insistants, un homme s’en alla mettre de l’ordre dans son jardin. En effet, conséquence d’une négligence de plusieurs années de sa part, bien des recoins de son petit lopin de terre étaient maintenant colonisés par toutes sortes de plantes indésirables. 
Des « mauvaises » herbes tellement bien enracinées que les « bonnes » plantes avaient dès lors bien du mal à s’épanouir. 
Pendant plusieurs jours il persévéra ainsi joyeusement dans cette tâche de restauration jardinière, transpirant, grinçant même parfois du bas du dos ou des genoux.

Après quelque temps, faisant le tour de son jardin tout encouragé de voir le fruit du travail déjà accompli, l’homme découvrit, rampant sur une bordure propre, une dizaine de plantules de liseron qui partaient à l’assaut des étendues nettes de chiendent et autre ivraie.

Notre apprenti jardinier, qui avait déjà assimilé la nécessité générale de mettre de l’ordre dans son jardin, comprit alors deux choses complémentaires :

– primo, que de jolies petites plantes pouvaient subrepticement se développer, montrant alors le chemin à d’autres pour transformer, petit à petit, le jardin en une jungle désastreuse dont on ne pourrait plus que difficilement tirer quelque chose de bon,

– deuxio, qui découle du constat précédent, la nécessité de faire régulièrement le tour de son jardin et d’acquérir la discipline d’arracher soigneusement et sans concession les mauvaises herbes avant qu’elles ne s’installent à nouveau durablement. 
De cette manière, nul besoin d’y passer des heures fastidieuses, non, il s’agit juste de prendre l’habitude de les arracher au fur et à mesure qu’on les voit.

L’homme enfila donc ses gants de jardin, se saisit de sa petite cisaille pour bordures et se mit à l’ouvrage, coupant ici les touffes d’herbes que la tondeuse ne pouvait atteindre, arrachant là un plantin ou deux ou trois plants d’églantier importuns et encore quelques chardons.
En s’attaquant à ces fameux chardons, un des sommets de la plante envahissante et abhorrée, curieusement l’homme sourit : « Patience et douceur », se dit-il en se remémorant le décollage de vieux autocollants contre la porte de la chambre de son benjamin. Patience et douceur, il serra délicatement la base de la tige d’un « beau » chardon, patience et douceur, il se mit à tirer très doucement dans l’axe de la plante, patience et douceur, en maintenant constante la force imprimée à la tige. Rien ne semblait se produire, pourtant, au bout de quelques instants, la plante céda et se laissa arracher, venant d’une pièce avec sa racine. Patience, et douceur.

Au jour d’aujourd’hui, pour des motifs divers, beaucoup de personnes n’aiment pas le jardinage ; c’est fatiguant, je n’ai pas le temps, c’est pas mon truc, je ne sais pas faire, etc...
Pas compliqué de trouver des arguments, il me suffit d’énoncer ceux qui, il n’y a pas si longtemps, étaient encore les miens.

Et pourtant, le jardinage est une véritable bénédiction pour tout notre être.
– D’abord il nous rapproche de la terre dont nous sommes issus. On y adopte souvent des postures emblématiques de l’humilité. Pas étonnant puisque le mot « humus » en est la racine (comme il l’est également pour le mot « homme » d’ailleurs).
– Ensuite, en devant vivre au rythme de la nature, nous y apprenons la patience, vertu essentielle pour l’accomplissement de notre foi.
– Sans notre travail le jardin périclite. Toutefois, les miracles de la croissance, de la maturation puis de la germination ne nous appartiennent pas. Nous apprenons alors la dépendance à notre Créateur et à nous émerveiller avec reconnaissance des bienfaits qu’il nous accorde tout en prenant conscience de l’importance d’y accomplir nous même la part qui nous incombe.

Donc si vous avez autour de vous un petit carré de terre, je ne puis que vous encourager à vous y agenouiller de temps en temps pour y cultiver quelques radis, une ou deux courgettes ou un peu de rutabaga.

Sylvain